Sur les élections allemandes (Th. Flichy)

Elections allemandes : le tassement des modérés déclenche une accélération du processus de normalisation de l’armée fédérale

Th. Flichy

 

Les dernières élections allemandes ne seront pas sans impact sur le positionnement des forces armées allemandes. Depuis  plusieurs années déjà, l’Allemagne fait l’objet de pressions visant une implication plus forte de la Bundeswehr dans les opérations de l’OTAN. Ces pressions se heurtent à des obstacles institutionnels, notamment celui qui fait de la Bundeswehr l’armée du Parlement afin d’éviter qu’elle ne se constitue en Etat dans l’Etat. Il faut également citer le concept d’Innere Führung inventé par les libéraux romantiques d’après-guerre afin de restreindre l’usage de la force armée, sauf en cas d’un coup d’Etat communiste. Aujourd’hui l’Innere Führung a été détournée de son objectif initial par la frange conservatrice de l’armée allemande. Celle-ci l’utilise afin de résister aux pressions néo-conservatrices visant à employer les forces armées allemandes en dehors des frontières de l’Etat, au sein de coalitions sous contrôle impérial. Des mesures sont donc en préparation afin d’assouplir ce concept. Pour les néo-conservateurs, cet assouplissement est d’autant plus urgent que la participation de l’Allemagne à des opérations extérieures est actuellement menacé par le résultat des dernières élections. Il faut en effet une majorité de deux-tiers au Parlement afin d’engager ces troupes. Or les voix du SDP - désormais opposé à Angela Merkel -  ajoutées aux opposants traditionnels de l’aventurisme militaire (AFD et die Linke), constituent désormais une minorité de blocage supérieure à un tiers. D’un point de vue financier, la nouvelle coalition jamaïcaine (CDU / Verts / FDP) s’ est d’ores et déjà accordée pour suivre les instructions américaines consistant à relever l’effort de défense à 2% du PIB. Au sein du corps des officiers, la manœuvre consistera à s’appuyer sur la majorité des cadres, exaspérés par les contraintes d’engagement liées à l’Innere Führung et souhaitant être enfin débridés – quitte à se transformer en mercenaires consentant d’un nouvel impérialisme – tout en faisant taire la frange la plus mesurée et intellectuellement formée. Ce dernier groupe a bien compris qu’en l’absence de véritable stratégie politique indépendante, il était de très loin préférable à confiner l’usage de la force à la défense stricte du territoire. 

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