Châteaubriand et la subversion impériale

LES MEMOIRES D’OUTRE-TOMBE, ANATOMIE DE LA SUBVERSION IMPERIALE

 

Thomas Flichy de La Neuville

 

            Lorsque François-René de Chateaubriand mit un trait final aux Mémoires d’Outre-Tombe, se doutait il que sa critique de la subversion impériale pourraient être appliquée un siècle plus tard, à un empire né dans les forêts du Nouveau Monde ? Sans doute pas. Et pourtant, la lecture des Mémoires donne à maintes reprises l’impression étrange, que l’auteur d’Atala s’adresse à des lecteurs du XXIe siècle : « Voyageur solitaire, je méditais il y a quelques jours sur les ruines des empires détruits. Et je vois s’élever un nouvel empire »[1]. Par le contrôle que celui-ci exerce sur l’opinion, l’Empire frappe la France de mutisme[2]. Le regard de l’Empereur n’était il pas terrifiant ? « Un moucheron qui volait sans son ordre était à ses yeux un insecte révolté »[3]. Aujourd’hui, l’Empire américain a inventé le contrôle individualisé des foules, par l’intermédiaire de la connexion permanente. Quant à sa police, elle se sert d’artifices afin de contrôler les déviants. Fouché n’avait il pas créé en son temps « une terreur factice, supposant des dangers imaginaires »[4]. La manipulation des masses par l’Empire suppose celle de son histoire. « Bonaparte appartenait si fort à la domination absolue, qu'après avoir subi le despotisme de sa personne, il nous faut subir le despotisme de sa mémoire. Ce dernier despotisme est plus dominateur que le premier ». Nos lois mémorielles n’ont donc rien inventé. D’un point de vue international, les Empires napoléonien et américain ont tenté de s’imposer en Orient grâce à la manipulation de l’Islam. « Peuples d'Egypte, je respecte plus que les Mameloucks, Dieu, son Prophète et le Coran » déclarait l’Empereur. L’administration américaine suivra plus tard. Inventeur de la confédération du Rhin, ancêtre de l’OTAN, Napoléon se plut à mener une armée multinationale jusqu’à Moscou. Son blocus continental trouve un écho dans les sanctions imposées à l’Iran ou à la Corée du Nord. Les Empires napoléonien et américain furent leurrés par Alexandre puis Poutine, ils échouèrent une première fois en Syrie avant de s’attaquer à la Russie. Napoléon comme Donald Trump tentèrent de s’allier à la Turquie contre la Russie et furent à chaque fois pris de vitesse par un retournement d’alliance. Il nous reste à attendre le dernier acte, la campagne américaine vers la Moscovie... Toutefois, rien n’est inéluctable, il existe en effet pour Chateaubriand, un remède souverain au bonapartisme technocratique : la formation d’une aristocratie plaçant la culture au service d’un ordre juste. L’aristocratie des corps intermédiaires n’est elle pas l’ultime garante des libertés ? « M. Chénier adora la liberté ; pourrait-on lui en faire un crime ? Les chevaliers eux-mêmes, s’ils sortaient de leurs tombeaux, suivraient la lumière de notre siècle ».

 

654654 1


[1] François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1849, p. 29

[2] François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1849, p. 447

[3] François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1849, p. 406

[4] François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1849, p. 388

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau