Communiqué : Un attentat pro-iranien en France ? (3-10-18)

L’attentat qui a été déjoué le 30 juin dernier à Villepinte et les mesures prises par la France contre certaines personnalités iraniennes sont riches d’enseignements sur la situation internationale au Moyen-Orient.

 

Qui est visé ?

La cible de l’attentat était l’association des Moudjahidines du Peuple qui faisait un rassemblement de 25.000 personnes en France, en présence de représentants de l’administration américaine. Or, les États-Unis cherchent une solution politique alternative au régime iranien, solution qui pourrait résider dans la prise du pouvoir par des groupes comme les Moudjahidines du Peuple, mouvement chiite pro-démocratique, hostile à la République islamique. En revanche, tout retour de la monarchie des Pahlavi a été exclu, en raison du souvenir très impopulaire du shah en Iran. 

La cible n’est donc pas la France, mais plutôt les soutiens d’une politique américaine de regime change en Iran. Nous ne sommes absolument pas dans le contexte des attentats chiites pro-Hezbollah et pro-syriens des années 1985-1986, lesquels répondaient à l’engagement militaire français au Liban.

 

Exporter les problèmes internes (omnibalancing)

L’arrivée du président Trump fait bouger les lignes depuis deux ans, car il a renoué les liens distendus avec l’Arabie Saoudite et contesté l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. Alors que, jusqu’en 2016, c’était Riyad qui souffrait du syndrome de l’isolement diplomatique et craignait pour sa sécurité à cause de Téhéran, c’est désormais au tour de l’Iran d’être l’objet d’une campagne de dénigrement, et qui craint pour sa stabilité (cf. attentat d’Ahvaz, manifestations anti-régime, attentats dans le Kurdistan iranien…). Nous renvoyons au dernier communiqué Geoculture.

Pour sortir de ce cercle diplomatique, suivant le principe de l'omnibalancing, la République islamique décide donc d’exporter ses menaces internes vers ceux qu’elle pense en être à l’origine au-delà de ses frontières, c’est-à-dire les Iraniens anti-khomeinistes et les États-Unis.

Or, lorsque la tentative d'attentat de juin a été organisée, l'Iran craignait pour son influence au Liban à cause de la tenue des élections, ainsi qu'en Irak où l'Arabie Saoudite tentait de relancer une diplomatie active. En Syrie, l'aviation israélienne avait frappé plusieurs de ses positions dans le sud-ouest, poussant Russes et Syriens à contraindre les Pasdarans à se retirer des abords immédiats de l'Etat hébreu.

En interne, le souvenir de la répression contre les manifestations (28 décembre 2017 au 1er janvier 2018) était encore vif, à tel point que l'on parlait déjà un peu vite aux Etats-Unis de la fin de la République islamique.

 

Des conflits de pouvoir ?

Mais il faut souligner à quel point les structures décisionnelles en Iran sont multiples et souvent contradictoires. La tentative d’attentat a pu être ordonnée par le Guide ou une structure proche des Pasdarans, et non par le président Rohani lui-même, l’armée ni même les services d’espionnage. Une telle opération n’implique pas une unanimité des institutions iraniennes, lesquelles sont en concurrence les unes contre les autres. L’attentat peut même être le résultat d’une querelle interne entre décideurs iraniens.

Ainsi, en mai-juin dernier, les Pasdarans ont plusieurs fois communiqué contre le président Trump qui venait de dénoncer l'accord de 2015, montrant que les Etats-Unis n'étaient pas fiables. Mais, ce faisant, c'était bien le président Rohani qu'ils visaient, lui qui était à l'origine de cet accord, considéré comme un renoncement par les Pasdarans.

 

Quelles conséquences ?

Il est certain en revanche que ce projet et son échec vont contribuer à renforcer le sentiment obsidionnal iranien, déjà chauffé à blanc par l’attentat d’Ahvaz, explicitement attribué à l’Arabie Saoudite, et donc aux États-Unis.

Cela signifie aussi une inévitable pression supplémentaire de la part de Washington et Paris sur le Hezbollah au Liban, contre la présence des Pasdarans en Syrie et contre les Houthis au Yémen.

Alors que la France critiquait la politique du président Trump envers l’Iran, l’attentat va forcément remettre en question cette position intermédiaire de la France, quand bien même celle-ci n’était pas visée. Paris va être contraint de s’aligner sur le bloc américano-saoudien, lequel a récemment poussé le Maroc à dénoncer le Hezbollah.

Une telle évolution peut relancer les opérations militaires saoudiennes au Yémen, aggraver les tensions internes au Liban, pousser l’Iran à réagir par proxy interposé (en Irak par exemple ? au Bahreïn chiite ?) et à renforcer la répression contre les minorités sur son propre territoire (Kurdes et Arabes notamment).

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