Communiqué : Syrie, le calme avant la tempête (31/8/18)

Aou t18

 

La fin de l’été en Syrie est le prélude à une nouvelle étape de la guerre qui échappe à tout contrôle international. De nouvelles opérations militaires s’annoncent qui pourraient déboucher sur une crise plus large, impliquant directement la Russie et les États-Unis :

 

-La Russie et l’armée syrienne, en lien avec des milices iraniennes, préparent la reprise de la dernière grande poche djihadiste d’Idlib, tenue par le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), après laquelle l’ensemble de la Syrie sera repassée sous contrôle de Bachar al-Assad. Parallèlement, les forces syro-russes font pression sur la zone orientale tenue par les FDS et protégée par la coalition américaine (avec la France et la Grande-Bretagne). Leur but ici est de désolidariser les Kurdes des États-Unis. Une double escalade militaire Russie / États-Unis est donc à craindre en Syrie, à la fois dans l’est et autour d’Idlib.

-Pour le moment, seule la Turquie constituait un frein à la reprise d’Idlib, puisque l’armée turque était positionnée au nord et à l’ouest de la poche, et avait installé des « sites d’observation » sur la frontière sud et est, sites qui auraient permis de bloquer l’avance syrienne. Or, le président Erdogan, sous pression de la Russie, a accepté de laisser le régime de Damas reprendre la zone. Fait révélateur : alors que la Turquie avait accordé une protection aux groupes islamistes et djihadistes du nord de la Syrie, elle vient de placer HTS sur la liste des groupes terroristes proches d’Al-Qaeda.

-Cet accord turc obtenu par la Russie place le président Poutine dans une situation de premier plan diplomatique, mais aussi délicate, car l’Iran et Bachar al-Assad devront modérer leur intervention militaire pour éviter une crise avec Ankara. La Russie tente de garder la main sur la diplomatie de guerre en Syrie, mais doit pour cela ménager des alliés irréconciliables.

-L’Iran voudrait engranger les fruits de ses efforts en faveur de Bachar al-Assad, notamment en s’implantant économiquement et militairement en Syrie, or les Syriens veulent limiter cette présence. En outre, l’Iran n’a pas pu s’enraciner à proximité d’Israël, comment il l’espérait auparavant, Israël ayant négocié avec la Russie un recul des positions iraniennes à plus de 80 km de la frontière. L’Iran espère gagner la prochaine manche, qui se jouera à Idlib, mais ni les États-Unis ni la Turquie ne sont prêts à accepter une présence iranienne accrue dans cette zone.

-Les États-Unis, convaincus que le régime de Damas cèdera sous la pression de la force, préparent des opérations militaires qui impliqueraient directement des affrontements contre les troupes syriennes. Les États-Unis attendent avant d’intervenir que Damas franchisse la ligne rouge d’une attaque chimique lors des opérations syro-russes contre Idlib. Pour parer à d’éventuelles accusations d’attaques chimiques, les médias russes assurent que les États-Unis et la Grande-Bretagne, en lien avec l’organisation humanitaire des Casques Blancs (proche de HTS), prévoient de lancer de vastes fake news et des vidéos montées de toute pièce pour prouver ces attaques (sic).

-Face au danger d’une reprise brutale par Damas de la zone d’Idlib, HTS a lancé dans la rue ses fidèles et les populations civiles afin de défendre la « révolution » et rejeter « l’agression russe ». HTS joue donc sur l’ambiguïté sémantique entre la révolution démocratique qui a le soutien de l’Occident, et la révolution islamique qu’elle promeut au quotidien.

 

Conclusion : États-Unis et Russie jouent donc sur des crêtes très étroites : le président Trump est prêt à l’affrontement en cas de non respect de la ligne rouge, et le président Poutine doit assurer la victoire militaire de Bachar al-Assad sans perdre le contact avec la Turquie et Israël…

 

Sources :

Institute for the Study of War

L’Orient-Le Jour

Middle East Eye

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