Le salon du Bourget de l'UOIF (Hanne)

Une analyse du Salon du Bourget, organisé par l'UOIF (Olivier Hanne).

 

Salon du Bourget de l’UOIF : Vers une normalisation des Frères musulmans

 

Les médias n’auront retenu de la Rencontre annuelle des musulmans de France, organisée au Bourget entre le 13 et le 16 mai 2015, que la courte intrusion des Femen, alors que ce qui se révèle ici de l’évolution des Frères musulmans est beaucoup plus profond.

Avec près de 150 000 visiteurs, cette rencontre est chaque année un succès populaire qui arrache l’association religieuse de ses racines historiques radicales. Preuve en sont les thématiques du salon, ses intervenants et ses participants.

Du côté des sujets abordés dans les conférences et les cafés-débats, l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), organisatrice de la rencontre, a privilégié les questions de société, assumant parfaitement la modernisation de l’islam et son adaptation au cadre français : l’écologie, la communication dans le couple, « la souplesse en islam », l’école de la République, la laïcité, l’éthique et la finance. Le contexte post-attentats n’a nullement été négligé avec des thèmes comme le terrorisme, la radicalisation, le « vivre ensemble », « plaidoyer pour une France apaisée », « l’identité, nouvelle sauce politique ». Pour ceux qui ont connu les « Frères » dans les années 1990, le ton et les problématiques ont totalement changé, de sorte qu’on distingue mal les interrogations soulevées par l’UOIF de celles que l’on observe dans les rassemblements catholiques, politiques ou alter-mondialistes.

Concernant les intervenants, le salon a brassé des personnalités si variées qu’il est en train d’apparaître comme l’un des lieux « où il faut être ». On a pu entendre, pêle-mêle, des prêtres, des universitaires français, des sociologues, et même un délégué du Ministère de l’éducation nationale venu défendre le modèle scolaire devant les musulmans, sans que ceux-ci n’émettent la moindre critique. Tareq Ramadan aura été accueilli comme l’orateur le plus attendu des visiteurs, qu’il a visiblement enthousiasmés par son élocution et son brio intellectuel. Aux questions communautaristes que le public lui posait, le « professeur Ramadan » a répondu en renvoyant systématiquement à la relecture du Coran, à sa contextualisation et à l’acceptation des divergences en islam, et même au-delà.

Quant aux visiteurs, ils relevaient plus du rassemblement familial que du regroupement de fanatiques : peu de barbus salafistes, encore moins de Français convertis – démentant les craintes d’une islamisation de la France périphérique –, une poignée de femmes en voile intégral tranchant sur les autres, certes voilées, mais souriantes, consuméristes, baguenaudant avec leurs amies tête nue dans les allées des boutiques de vêtement, plus qu’entre les rayonnages des librairies de piété. Entre des associations humanitaires, on découvre des stands faisant la promotion des soufis, du chiisme et même de l’ibadisme, une déviance du kharidjisme considérée par les sunnites comme le comble de l’hérésie. Des ibadites et des chiites chez les Frères musulmans ?! On peut voir dans cette ouverture stupéfiante le résultat de la courte présidence égyptienne de Mohamed Morsi (2012-2013), lui-même issu des Frères musulmans, qui avait accepté le dialogue avec l’Iran, la Syrie et le Hezbollah. En revanche, l’Arabie Saoudite et le wahhabisme, qui ont toujours été les pourfendeurs des « Frères », sont clairement mis à l’index dans les conférences comme les seuls vrais radicaux et les promoteurs du terrorisme.

Si la cause palestinienne semble presque absente – une malheureuse jeune fille habillée aux couleurs palestiniennes tente de récupérer quelques dons –, en revanche, la Syrie occupe toutes les conversations, et un grand écran diffuse en boucle des images de la guerre, sur fond de musique de film. Les questions internationales se focalisent contre Bachar al-Assad, ennemi des musulmans, et nullement contre Israël.

Un tel bouleversement idéologique cache-t-il d’autres intentions plus pernicieuses ? Une volonté de lisser toute parole publique pour mieux influencer les musulmans modérés avant de les radicaliser ? Il est bien difficile de repérer les manquements au discours officiel : quelques jeunes gens tiquent en entendant Tareq Ramadan s’ouvrir aux chiites ; on découvre à grand peine un ouvrage d’Alain Soral au bas d’une colonne de livres empilés ; la documentation en langue arabe est plus marquée par les interprétations rigoristes (nombreux titres d’Ibn Taymiyya ou d’Ibn Hanbal), mais les visiteurs ne la consultent pas et préfèrent se rabattre sur des livres bilingues français-arabe, ou sur des cadeaux pour les enfants.

Si les Frères sont effectivement en cours d’uniformisation et de républicanisation, deux questions se posent : Où sont passés les vrais radicaux ? Qui peut empêcher l’UOIF d’accéder aux instances dirigeantes du CFCM (Conseil français du culte musulman) ?

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