The Poles, reverted geopolitic mirrors ?

Thomas Flichy de La Neuville

 

Even though they both belong to the world of cold, the Arctic and Antarctic poles seem to function as two inverted geopolitical mirrors:  the North Pole is an ocean surrounded by continents while the South Pole is a continent surrounded by oceans. 4 million people populate the northern surfaces whereas only rare researchers venture on the periphery of the austral continent. Climate change affects these two areas, but in a differentiated way: indeed, the ice melts in the north, but develops in certain places of the south pole, thanks to the action of underground rivers. New shipping routes appear in the north, but not in the south. The North Pole is a militarized energy centre, and could represent a new Saudi Arabia detaining 30% of the world's oil reserves. The South Pole, on the other hand, represents one of the last demilitarized peripheries. While claims on the North Pole have been made exclusively by Western countries (United States, Canada, Denmark, Norway and Russia), emerging powers like Argentina and Chile claim sovereign rights over Antarctica. From a legal point of view, a maritime convention governs the Arctic, while an international land convention applies to the Antarctic. Regarding mental representations, the North Pole is perceived as a real issue for the great powers while Antarctica seems to remain outside space and time. The explorer Edward Wilson wrote in his diary of May 22, 1902: “The silence was almost disturbing (…) I could easily imagine that we were not on the Earth, but on the surface of the Moon”. However, if climate change continued, the situation will be reversed. We will find a sunken pole in the North, a new Atlantis on the surface of which will float the rusty carcasses of Russian or American submarines of a forgotten cold war, suddenly released by the warm waters from the embrace of ice. On the southern hemisphere, on the other hand, scientific stations will have moved several dozen kilometres towards the centre of the pole in order to continue their observations. Its flourishing shores will now welcome their first inhabitants. Will it be migrants who will have voluntarily chosen to leave the hot plains of Europe in favour of virgin and temperate spaces? May be. But it is more likely that these migrations will be remotely controlled by certain powers. Russians, Danes and Canadians could repatriate the landless peoples of the North to Antarctica. Will these inhabitants live in harmony or fight one against another in this new arena of the antipodes? Will they pay tribute to China, in memory of their distant common Asian origins? It is probably still too early to know but Beijing will certainly not be hostile because in the meantime, Australia, still liberal, will have been half peopled by Chinese migrants.

 

 

LES PÔLES, MIROIRS GEOPOLITIQUES INVERSES ?

Thomas Flichy de La Neuville

            Malgré leur appartenance commune au monde du froid, tout se passe comme si les pôles arctique et antarctique fonctionnaient comme deux miroirs géopolitiques inversés. Que l’on en juge : le pôle nord se présente comme un bassin océanique entouré de continents alors que le pôle sud se trouve être un continent entouré d’océans. 4 millions d’hommes peuplent les surfaces septentrionales alors que seuls de rares chercheurs se hasardent à la périphérie du continent austral. Le changement climatique affecte ces deux espaces, mais de façon différenciée : en effet si la glace fond au nord, elle gagne pour l’instant au sud, grâce aux fleuves souterrains qui l’alimentent. Si de nouvelles routes maritimes apparaissent au nord, il n’en est pas de même au sud. Le pôle nord se présente comme un centre énergétique militarisé, et peut être comme une nouvelle Arabie Saoudite pouvant receler jusqu’à 30% des réserves mondiales de pétrole. Le pôle sud à l’inverse représente l’une des dernières périphéries démilitarisées. Si les revendications territoriales sur le pôle nord sont exclusivement le fait de pays occidentaux (États-Unis, Canada, Danemark, Norvège et Russie), des puissances émergentes comme l’Argentine et le Chili réclament des droits souverains sur l’Antarctique. D’un point de vue juridique, une convention maritime régit l’Arctique, alors qu’une convention terrestre internationale s’applique à l’Antarctique. En ce qui concerne les représentations mentales, le pôle nord est perçu comme un véritable enjeu pour les puissances alors que l’Antarctique se situe hors de l’espace et du temps. L’explorateur Edward Wilson écrivait d’ailleurs dans son journal du 22 mai 1902 : « Le silence était presque inquiétant. On pouvait s’imaginer sur une autre planète, morte. Je pouvais facilement imaginer que nous n’étions pas sur la Terre, mais sur la surface de la Lune ». Pourtant, si les évolutions climatologiques se poursuivaient, la situation pourrait se renverser. Nous trouverons au nord, un pôle englouti, une nouvelle Atlantide a la surface de laquelle flotteront les carcasses rouillées des sous-marins russes ou américains d’une guerre froide oubliée, soudainement libérés par les eaux tièdes de leur étreinte de glace. Sur les terres australes à l’inverse les stations scientifiques se seront déplacées de plusieurs centaines de kilomètres vers le centre du pôle afin de poursuivre leurs observations. Quant à ses rivages désormais arborés, ils accueilleront leurs premiers habitants. S’agira t’il  de migrants ayant volontairement choisi de quitter les plaines chaudes d’Europe et leur bouillon de cultures au profit de grands espaces encore vierges et tempérés ? On peut l’imaginer peut être. Mais il est plus probable que ces migrations seront téléguidées par les puissances. Russes, Danois et Canadiens pourraient en effet rapatrier vers l’Antarctiques les peuples sans terre du Nord. Se combattront ils alors dans cette nouvelle arène des antipodes ou bien prêteront ils hommage à la Chine, en souvenir de leurs lointaines origines asiatiques communes ? Il est sans doute encore trop tôt pour le savoir mais Pékin n’y sera certainement pas hostile car entre-temps, l’Australie, demeurée libérale, aura été à moitié sinisée.

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