Blaise Pascal et la guerre intérieure

 

BLAISE PASCAL, LA GUERRE COMME CONTINUATION DU COMBAT INTERIEUR

 

Thomas Flichy de La Blaise Pascal (1623-1662), qui est probablement le dernier génie français, porte un jugement déroutant sur les gens de guerre. En tout cas, l’expression de vocation militaire l’eût certainement fait sourire : « La chose la plus importante à toute la vie est le choix du métier, le hasard en dispose. La coutume fait les maçons, soldats, couvreurs. C’est un excellent couvreur, diton. Et en parlant des soldats, ils sont bien fous, diton. Et les autres au contraire : il n’y a rien de grand que la guerre, le reste des hommes sont des coquins. À force d’ouïr louer en l’enfance ces métiers et mépriser tous les autres, on choisit. Car naturellement on aime la vertu et on hait la folie  » (Pensées, Hachette, 1950, p. 54). Pascal n’en reconnaît pas moins que pour être conquérante, une armée doit être jeune : « César était trop vieil, ce me semble pour s’aller amuser à conquérir le monde. Cet amusement était bon à Auguste ou à Alexandre ; c’étaient de jeunes gens, qu’il est difficile d’arrêter ». (p. 63) Il note également que l’uniforme du soldat ne saurait être pris pour un masque : « Les seuls gens de guerre ne se sont pas déguisés de la sorte, parce qu’en effet leur part est plus essentielle, ils s’établissent par la force, les autres par grimace » (p. 50). En ce qui concerne la formation des élites, Blaise Pascal note la nécessité d’un développement équilibré et complet afin d’être compris et obéi de tous : « Les gens universels ne sont appelés ni poètes, ni géomètres, etc. ; mais ils sont tout cela, et juges de tous ceux-là. On ne les devine point. Ils parleront de ce qu’on parlait quand ils sont entrés. On ne s’aperçoit point en eux d’une qualité plutôt que d’une autre, hors de la nécessité de la mettre en usage (…) Il faut qu’on n’en puisse dire ni : ‘il est mathématicien’ ni ‘prédicateur’ ni ‘éloquent’ mais ‘il est honnête homme’. Cette qualité universelle me plait seule » (p. 32). Il faut donc que l’officier sache peu sur tout « car il est bien plus beau de savoir quelque chose de tout que de savoir tout d’une chose ; cette universalité est la plus belle » (p. 33).

A la question de la finalité de la force militaire, Pascal répond : « Le propre de la puissance est de protéger » (p. 117). Pour ce faire, l’usage des armes sera nécessaire. Après tout, la vie intérieure de l’homme n’est elle pas combat ? « La plus cruelle guerre que Dieu puisse faire aux hommes en cette vie est de les laisser sans cette guerre qu’il est venu apporter. Je suis venu apporter la guerre, ditil, et pour instruire de cette guerre je suis venu apporter le fer et le feu et mon plus grand désir est qu’il embrase. Avant lui le monde vivait dans cette fausse paix » (p. 170). Ainsi, même pour qui voudrait rester en paix, « Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste : on jette enfin de la terre sur la tête et en voilà pour jamais » (p. 89). Pascal n’en note pas moins la relativité d’une guerre juste lorsqu’il met en scène ce petit dialogue: « Pourquoi me tuez-vous à votre avantage ? Je n’ai point d’armes - Et quoi ne demeurez vous pas de l’autre côté de l’eau ? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté je serais un assassin, et cela serait injuste de vous tuer de la sorte. Mais puisque vous demeurez de l’autre côté je suis un brave et cela est juste » (p. 112). Il existe pourtant des lois naturelles qui ne sauraient être violées par les hommes de guerre, au risque de passer pour des agents de l’injustice absolue : « C’est une plaisante chose à considérer de ce qu’il y a des gens dans le monde qui ayant renoncé à toutes les lois de Dieu et de la nature, s’en sont fait eux-mêmes auxquelles ils obéissent exactement comme par exemple les soldats de Mahomet, les voleurs, les hérétiques, etc., et ainsi les logiciens. Il semble que leur licence doive être sans aucunes bornes, ni barrières voyant qu’ils en ont franchi tant de si justes et de si saintes » (p. 136). En effet, « la conduite de Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur, est de mettre la religion dans l’esprit par les raisons, et dans le cœur par la grâce. Mais de la vouloir mettre dans l’esprit et dans le cœur par la force et par les menaces, ce n’est pas y mettre la religion, mais la terreur » (p. 79). Comme l’on peut le voir, cette définition du terrorisme ne le réduit pas à l’organisation de massacres spectaculaires, mais le lie plutôt à une attitude religieuse faisant fi de la conscience d’autrui pour imposer un dogme par la force.

 

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