Cartographie sur le Mali (2012-2016)

Olivier Hanne présente une série de cartes commentées sur la situation sécuritaire au Mali depuis 2012.

 

Les configurations du Mali

L'opposition entre le nord, peu peuplé, steppique ou désertique, et le sud, dense, sédentaire, agricole, est frappante. L'Adrar des Ifoghas au nord-est constitue une "forteresse naturelle", où se réfugient les Touaregs et les trafiquants depuis des siècles.

Diapositive1

La question ethnique

Au nord, les peuples touaregs et maures, pasteurs, anciens nomades, nouent des alliances de circonstance, et se perçoivent comme différents, voire supérieurs, aux populations subsahariennes au sud de la boucle du Niger. Au sud, la cohabitation inter-ethnique est assurée et les cas d'affrontements tribaux rares. A la charnière entre ces deux civilisations se situent les Peuls et les Songhaïs, fréquemment attirés dans l'orbite des nordistes, tentés par la rébellion, ou des sudistes, fidèles au gouvernement de Bamako.

Diapositive2

L'opération Serval

Suite à la proclamation de l'Azawad islamique entre mars 2012 et janvier 2013, la France, à l'appel du gouvernement de Bamako, déploie l'opération Serval, qui parvient à déloger les djihadistes et leurs alliés touaregs. Le pays est libéré, mais les divisions demeurent entre sudistes et nordistes, ainsi qu'au sein de ces derniers, entre ceux qui veulent se rallier à Bamako (ex. : le GATIA du général Gamou) et les autres...

Diapositive3

Le redéploiement djihadiste (février 2013 à juillet 2015)

L'année qui suit Serval est marquée par des attentats de faible ampleur (16), limités à la zone touarègue, entre Tessalit-Ménaka-Tombouctou. La pacification est en cours, et les derniers groupes armés sont chassés. Mais les 18 mois qui suivent sont catastrophiques ; 67 attentats sont relevés, les soldats maliens et la MINUSMA sont les cibles prioritaires. Les morts sont dus aux IED (mines), aux attaques aux mortiers et RPG. Des casernes sont directement visées et l'armée malienne parvient difficilement à se maintenir dans les villes du nord. Les responsables sont les groupes djihadistes, mais aussi les Touaregs du MNLA qui réclament l'indépendance. La zone d'action des groupes armés s'étend dangereusement dans toute la zone touarègue, vers le sud et même au-delà des frontières. Entre Tenenkou et Bamako, les exactions sont dues aux djihadistes, tandis qu'au nord elles sont le produit de la vieille confrontation entre Touaregs et gouvernement.

Diapositive4

Le fractionnement social (août à décembre 2015)

La situation précédente se confirme et s'aggrave, avec 57 attaques et combats sur 6 mois (contre 67 pour les 18 mois précédents). La carte montre la constitution de 2 zones distinctes s'insécurité : l'espace touareg où les groupes armés sont mouvants et coopèrent parfois pour défendre une vision ethniciste des territoires touaregs ; le centre du pays, où les populations peules connaissent un mouvement ethnico-islamiste, mené par le Front de Libération du Macina (FLM). Le FLM joue sur la stigmatisation des Peuls et prétend restaurer la fierté peule, en s'inspirant du djihadisme. Au-delà de la question religieuse, le Mali entre dans un fractionnement ethnico-culturel. Les victimes principales sont donc désormais les civils et les miliciens.

Diapositive5

Du terrorisme à la haine ethnique (2016)

Le bilan des combats meurtriers est inquiétant : 157 combats sur toute l'année, visant surtout les civils, et au sein des groupes miliciens qui s'affrontent entre eux. Les ethnies qui se sentent menacées s'arment : Peuls et Touaregs contre subsahariens, Touaregs entre eux (GATIA contre MNLA et CMA), montée vers l'islamisme des populations musulmanes. Le groupe Al-Murabitun parvient à jouer sur ces fractures pour s'implanter dans le sud du pays. L'insécurité grandit, voire se généralise, dans l'espace touareg, et surtout dans la partie centrale, où le phénomène de milicianisation échappe au contrôle de l'armée et de Bamako. Le Mali prend la voie de la République centrafricaine, et l'opération Barkhane est de toute évidence dépassée, car elle n'a pas été conçue pour ralentir un processus de fractionnement social. La question du djihadisme est quasiment devenue secondaire...

Diapositive6

 

Pour une liste des attentats et attaques, cf. http://malilink.net/attaques-terroriste-au-mali/

Ajouter un commentaire